2007/04/17

Ellanderen dantza kantatuak

Euskaraz beherago

Interview réalisée en 2004 avec Mixel Thicoipé dans la maison d'Ellande à Altzumarta (Sumberraute).



Ellande est un maître à danser natif d'Amenduze (Amendeuix, canton de Saint Palais). Il enseignait et donnait les "dantza jauziak"* dans certaines maisons de son village juste après la 2ème guerre mondiale.

Il en interprète ici une série (Maianak, Zazpi jauziak, Gau ainerak...) en chantant en même temps leur mélodie et leurs annonces de pas.

Ce répertoire de danses est joué actuellement par de nombreux musiciens pyrénéens mais cette forme de danse chantée encore présente aujourd'hui dans les hautes vallées béarnaises, a disparu au Pays Basque. C'est donc un témoignage qui atteste de leur présence dans l'ensemble du piémont pyrénéen quelques décennies auparavant.



Dans l'étude menée par Xabier Itçaina sur la musique à danser en Pays Basque nord dont voici un extrait tiré du livre Kantuketan de l'Institut Culturel Basque ce fervent musicien chargé de recherche au CNRS remarque que les différents recueils de sauts basques ne mentionnent aucune parole associée à ces danses alors que manifestement, à chaque saut correspondait une série de paroles destinées bien souvent à mémoriser la mélodie de la danse.
Dans ce 2ème extrait tiré du livre Kantuketan Xabier Itçaina confirme une pratique bien vivante de ces sauts.
Je participe moi-même à ce mouvement puisque nous tentons de relancer une certaine forme de bal à la voix avec le groupe Kokin.

Bien entendu, la pratique des "mutxikoak" est en vigueur aujourd'hui sur les places du Pays Basque et dans la majorité des fêtes comme ici lors d'une soirée en cidrerie.


* dantza jauziak : littéralement "danses sautées" dans le sens où les danseurs souletins et bas-navarrais placés en cercle effectuent des entrechats (le réputé "pas de basque" dans la danse classique) sur la majorité des pas alors que les labourdins dansent ces sauts basques beaucoup plus "à plat" comme certains béarnais d'ailleurs, que j'ai eu le loisir d'observer très récemment lors d'un déplacement avec le groupe Kokin.



Zintzilikatu dudan elgarrizketa Altzumartako Ellanderi egin genion 2004ean Mixel Thicoiperekin.
Ellande Amikuze aldeko Amenduzeko dantza maisua zen.
Munduko bigarren gerlaren ondotik dantza jauziak bere herriko etxeetan erakusten zituen. Garaian gazte ainitzek berarekin ikasi dute eta oraino prest ditaike gazte batzueri erakusteko.

Hor, dantza andana bat kantatzen ditu (Maianak, Zazpi jauziak, Gau ainerak...) beren doinuak eta urratsekin batera.

Gaur egun Pirineoko musikari ainitzek dantza errepertorio hori oraindik jotzen dute. Bainan, Biarno aldean kantuz eman dantza mota hori irauten badu, Euskal herrian desagertu egin da. Lekukotasun horrek segurtatzen du Euskal Herrian ere dantza batzuk kantatuak zirela duela hamarkada batzuk.


Euskal Kultur Erakundeko Kantuketan liburuko lehen zati honetan Xabier Itzaina ikertzaile itsasuarrak erakusten du dantza jauzien buruzko bildumek ez dutela inoiz aipatzen dantza horiek hitzak daramatzutenik. Alta, Miguel Angel Sagaseta-ren Danzas de Valcarlos liburuan ageri da dantza jauzi bakotxek letra batzuk emanak zaizkiela dantzariek urratsak errexkiago ikas zezaten.

Kantuketan liburuaren bigarren zati honetan berriz Xabier Itzainak dantza jauzi horien gaurkotasun bizia adierazten du. Nihauk ere mugimendu horretan parte hartu dut Kokin taldearekin batera besteak beste.

Gaur egun, Ipar Euskal Herrian "mutxikoak" deituak diren dantzak arrunt modan dira eta funtsean, Euskal Herri guzian gero ta gehiago, Gipuzkoako sagardotegi batean egin bideoak (gainekaldean) erakusten duen bezala.

Joaldunak

Je suis un joaldun du groupe Kilimon de Donapaleu (Saint Palais).
Joaldunak : "joareak dutenak" littéralement "ceux qui ont les cloches" c'est à dire les hommes qui portent les cloches, à savoir les sonnailles. En euskara la différence existe puisque la cloche d'église ou de mairie est désignée par "Ezkila" et la cloche portée par les animaux est appelée "Joarea".

Les "joaldunak sont des personnages carnavalesques qui viennent des villages navarrais de Zubieta et Ituren où on les appellent plus communément "Zanpantzarrak". On peut les voir défiler début février lors du carnaval.


L'ethnologue Thierry Truffaut leur a consacré un bel ouvrage "Joaldun et Kaskarot" dans lequel il analyse et présente les fondements de ces rites carnavalesques.

On retrouve par ailleurs ce type de personnage porteur de cloche dans toute l'Europe.
En Slovénie par exemple, on les appelle les kurents.


En Sardaigne, ce sont les Mamuthones.


Le n°33 de Pays Basque magazine y consacre quelques pages dans lesquelles on découvre de nombreux autres cousins européens des joaldun présentés par Thierry Truffaut. Il estime d'ailleurs que les joaldun existent dans le monde entier. A partir du moment où il y a des bergers et des troupeaux avec des sonnailles, il y a des porteurs de cloche.
A la lecture de cet article, j'ai répertorié quelques vidéos supplémentaires dans une playlist qui présente d'autres cousins joaldun.

Ici, je défile avec mon frère en ouvrant la marche du défilé de Garaziko Ihauteriak (carnaval de Saint Jean Pied de Port) en février 2007.

Nous sonnons des cloches de la famille Daban à Nay qui sont parmi les derniers fabricants de sonnailles en France. Ces sonnailles bombées sont habituellement accrochées au cou des brebis par les bergers qui sont les maîtres de la montagne. Les vachers, moins considérés selon Mr Daban, mettent, quant à eux, des cloches moins galbées à leurs vaches lorsqu'ils les mènent aux estives en montagne.

Réflexions
Le Pays Basque nord compte 4 groupes de joaldun à Bayonne, Hendaye, Hasparren et Saint Palais.
Je considère ma pratique comme du folklore car je me sens assez éloigné du sens donné à cette tradition à Ituren et Zubieta.
Le personnage haut en couleur et la puissance que dégage un groupe de joaldun sonnant tous au même pas, rend ce loisir attrayant. C'est un bon prétexte pour retrouver mes copains et passer un bon moment ensemble.
Néanmoins, je me sens souvent en décalage par rapport aux autres joaldun du groupe lors de certaines sorties que nous faisons ensemble.
Nous répondons à toutes les demandes d'organisateurs qu'il s'agisse de carnavals bien entendu mais aussi de festivals, fêtes et autres séminaires de professions libérales.
Je me sens instrumentalisé et ça me gêne.
J'aimerais engager une démarche basée sur le sens que l'on pourrait donner à cette pratique aujourd'hui.
A mon sens, on pourrait par exemple revenir sur les notions de base à savoir : sonner les cloches à carnaval, c'est notamment "sortir de la torpeur" de l'hiver, "réveiller" la nature et les hommes. D'une certaine manière, on pourrait réveiller les spectateurs qui nous regardent passer, essayer de les conscientiser sur des sujets qui nous sont chers quel que soit le moment de l'année.
A ce moment là, hors du cadre carnavalesque et du déguisement qui va avec, on pourrait agir en tant que citoyens basques et universels. Avoir une démarche rituelle actuelle, moderne, basée sur ce que nous sommes aujourd'hui, avec nos contradictions et nos convictions toutes relatives. Donner du sens à notre action sans non plus se prendre trop au sérieux, provocateurs et humbles à la fois.